PORTRAITS D’ACTEURS (2018 – 2019)

 

     Géants ou minuscules, célèbres ou inconnus, les acteurs au cinéma s’affichent sur une multitude de supports, du smartphone à l’écran de projection, en passant par la télévision.

    Un appartement à San Francisco, 1947, Humphrey devient Bogart après une chirurgie esthétique dans Les passagers de la nuit (Delmer Daves). Une Avenue à Bradenville, Arizona, 1955, Lee Marvin se cache derrière son chapeau dans Les inconnus dans la ville (Richard Fleischer). Le château de Marnes-la-Coquette, 1959, le visage bandé de Juliette Mayniel s’impose à l’écran dans Les yeux sans visage  (Georges Franju). Le hall d’un Silk Hôtel au Japon, 1964, Rio Ikebe, nonchalant, tourne le dos à la caméra dans Fleur pâle (Shinoda). Un studio à New-York, 1965, Margareth Nolan arbore un précieux chignon dans Trois chambres à Manhattan (Marcel Carné) …

    Ma série « Portraits d’acteurs » se joue cependant des reconnaissances médiatiques ou repères géographiques. Figé et sans décor, chacun est anonyme. Masques, bandages, points de vue… parasitent toute possibilité d’identification. Coiffures, vêtements, comportements… sont de nouveaux indicateurs de personnalités.

   Le format « paysage » caractérise le cinéma. Le format « portrait » de mes acteurs se réfère aux petites photos d’identité ou aux majestueux tableaux de famille propre aux grands halls des châteaux. Bien que seul dans son cadre et derrière sa vitre, chaque comédien est lié à l’autre graphiquement. La radicalité du noir et blanc lisse toute référence scénaristique, géographique ou temporelle.

   Une famille imaginaire se met ainsi en place avec un ADN cinématographique. Chaque portrait sacralise, non pas la célébrité d’une personne, mais l’éphémère d’un instant.                           E.Pénard

 

" Les disparus du décor" (2017)

Eric Pénard choisit un petit détail de décor dans un plan de film, il en réalise un croquis à l'encre noire, puis il le transforme en une œuvre graphique, rigoureusement recadrée. Dans le travail d'Eric Pénard, on ne trouve pas – ou presque, j'y reviendrai – de personnages, ni de paysages de nature. Tout y est noir, ou blanc. Pas de gris, pas de demi-teinte.

 

 

On pourrait dire, en première approche, que les tableaux d'Eric tendent vers l'abstraction. Qu'il s'agirait de tirer vers l'abstrait des choses éminemment concrètes, issues du décor des scènes de film choisies.

 

En réalité, il n'en est rien. Les objets représentés, traités par Eric Pénard, gardent une identité reconnaissable. Tout au plus, sont-ils « exagérés », comme transfigurés par l'emploi d'un contraste maximum.

 

Eric Pénard n'est pas un plasticien abstrait, il travaille la figuration en choisissant de façon mystérieuse les motifs qui l'inspirent. On peut imaginer qu'il prend son matériel et ses (deux) couleurs pour aller planter son chevalet… non pas dans la nature, face à une  cathédrale ou un champ de tournesols, mais sur une scène de théâtre ou dans un studio de 

Bien installé face à la scène en train d'être jouée, Eric Pénard ignore les acteurs. Il se concentre sur telle partie du décor, qu'il représente avec la plus grande minutie, en accordant à ce détail plus ou moins insignifiant, une plus-value artistique certaine.

 

Eric Pénard est donc un « peintre sur le motif », à sa manière. Sauf que le motif sur lequel il travaille n'est pas immanent : il s'agit déjà d'une image de film, voulue par autrui, mais que l'artiste explore d'une manière qui n'avait certainement pas été prévue par le cinéaste.

 

« LANDSCAPE » ou le cinéma sans acteur (2016)

 

Cette série interprète des images cinématographiques. Chaque série s'inspire de paysages, décors ou accessoires d'un film.

 Stopper un déroulement vidéo, s'approprier un fragment, permet de focaliser sur le second plan, le détail anodin.

 Unique et fixe, l'image sacralise une partie éphémère de projection. L'addition de ces icônes déroule une histoire parallèle, cachée dans le scénario d'origine.

La série présentée est inspirée du film "M" de Joseph Losey (1951).

 

« Manèges » (2016)

...en référence à la fête foraine de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, est un choix thématique qui fait écho aux deux grandes fresques d’Henry Simon, « Côté plage » et « Côté port », lieux de vie emblématiques de la cité balnéaire.
L’artiste a grandi face au quai du Port Fidèle, il nous invite à pénétrer l’univers fantasmagorique des attractions de son enfance.

Le voyage immobile

« Manèges », c’est aussi une fascination pour l’ossature mécanique, celle qu’il convient d’occulter pour mieux séduire le public. Or Eric Pénard choisit ici de la dévoiler, d’en révéler les détails, pour en souligner la monstruosité ou l’élégance. Bras articulés, rouages et vérins peuplent ainsi ses compositions graphiques. Le dessin lui permet de fixer les éléments d’un monde en perpétuel mouvement. Si la ligne est claire, l’image échappe à une lecture immédiate. Les formes se superposent, s’entrechoquent et se dérobent, à la manière du manège tournant sur lui-même, favorisant l’étourdissement et le vertige du spectateur. A chacun de reconstituer ce récit fragmenté.

Un univers en miniature

Chaque manège est un monde, un espace de rêve différent, bâti autour d’un scénario et d’un décor original. L’exposition reprend ce principe de multiplicité : chaque série est liée à une thématique spécifique, diversement marquée par le cinéma, les romans, magazines, ou comics. L’artiste joue également sur la pluralité des techniques et supports choisis (encre sur papier, vidéo, boîtiers lumineux, sculpture…). Subsistent néanmoins comme dénominateurs communs, le noir et blanc des compositions et la précision d’un trait sans repentir.

Rêverie baroque

L’aspect ornementaliste des arts forains - accumulation des enseignes lumineuses, foisonnement des décors, diversité des matériaux - devient prétexte au jeu graphique, à la répétition du motif. Eric Pénard s’empare de ces éléments pour révéler toute la légèreté d’un royaume aux mille facettes. Une série qui rejoint en ce sens les petits bonheurs éphémères des « Dancing », personnages fragiles aux chorégraphies hésitantes, et fait écho au crâne installé dans la vitrine, telle une vanité nous rappelant que tout n’est qu’illusion.

Alexandra Joly

LABEL NOIR

 

     Lorsque je pense au travail d’Eric Pénard, la première image qui me vient est celle d’un espace sombre. De vagues lueurs trouent les ténèbres ;  placés au sol, des écrans occupent sobrement le vide.  De la musique se diffuse en sourdine. Sur les écrans des couples enlacés tournent inlassablement. Leurs corps scintillent un instant avant de se dissoudre dans le noir. Légèreté de l’apparition, mais moiteur mystérieuse du dispositif du P’tit bal perdu, une guinguette aux airs d’automate de foire. Une volupté grinçante. Emergeant de la salle où continue la danse, j’en découvre les états successifs sur de grandes planches aux aplats noir et blanc définitifs, les couples sont épinglés là, les états successifs de leurs évolutions forment des séquences rythmées. Mais dans ces images où tout devrait être expliqué, il semble que le mystère s’épaissit. Les contours découpent les silhouettes avec netteté, pourtant la forme est floue, imprécise, quelque chose résiste à l’identification, à la compréhension.

      Plus tard, je suis entrée dans l’atelier, à la poursuite des parties manquantes.

      L’aventure se noue à partir de petits bristols, d’arrêts sur image, de  prélèvements. Une décantation du dessin par un travail d’infinies reprises, un peu comme ce jeu des sept erreurs des magazines, mais démultiplié, sans réelle intention de clore ou d’épuiser le sujet. Des dessins comme des digressions de la parole,  peut-être d’ailleurs sont-ils une forme de parole, de récit. La suite et la série commencent à esquisser un monde, une histoire. Les choix se précisent peu à peu, un mouvement peut naître du glissement d’une image à l’autre, ou bien une géographie, une identité. Le travail est ininterrompu, de jour en jour, il se développe dans la prolifération des bristols. Une création qui, comme un rhizome, comme un organisme vivant, se multiplie : dans une sorte de compulsion, le dessin recouvre des surfaces. La pensée reprend et scrute inlassablement l’image produite pour en fabriquer une autre, au fil de la main. 

      L’atelier est ouvert. C’est une sorte de lieu magnétique  où sont attirés tous ceux qui sont aimantés par le travail d’Eric Pénard. C’est aussi une sorte de ventre, dont l’appétit semble ne jamais devoir être rassasié.  S’y concentrent objets, livres, films, photographies, paroles échangées, qui seront ensuite digérés, transformés, appropriés pour nourrir l’imaginaire, les obsessions, tout ce qui n’est pas dit et se cache là, dans les noirs.  D’une rencontre à l’autre, d’une série à l’autre, des fils se nouent ou se dénouent.  Continuité et rupture, on plonge toujours plus profondément dans un univers cohérent habité de toutes ces mémoires.

      Comment définir ce dessin, si reconnaissable, si personnel sans pourtant être répétitif ? Quels en sont les invariants ? Comme une évidence, le noir et le blanc. Noir dur et blanc, pas tout à fait blanc. Vibrations des hachures. Transparence et opacité. Ombre et lumière. Espace et surface. Des Rêves d’intérieurs aux Cinémonde, l’univers se construit, qui s’affirme et nous échappe. Notre œil saisit  une forme, en suit les contours pour bientôt perdre le fil. La vision parfois se trouble : le noir s’approfondit, un corps est aspiré dans ses profondeurs, les images se superposent,  ici un personnage perd sa tête, là des jambes orphelines annoncent la sensualité d’un tango. Les brillances des Salons mobiles riment avec le galbe des corsets. Eva, Casablanca, Agents doubles, Suspect story…On entre dans une dérive où talon-aiguille et Borsalino se côtoient.  Ils apparaissent comme en surimpression sur la trame architecturale des villas balnéaires d’époques révolues. Le noir et blanc encore, celui du cinéma peut-être, celui des comics parfois…la ligne claire, sans rupture, décidée, sait où elle va. Elle affirme des contours sans repentir. Nets ou cabossés, ils sont toujours ciselés avec précision, mais c’est pour mieux nous perdre. Là où ils nous mènent, la séduction est vénéneuse.

      Au-delà du choix du noir et blanc, mais sans nul doute aussi, à cause de lui,  parler du dessin d’Eric Pénard, c’est  d’emblée évoquer le cinéma. Les écrans se multiplient. Superpositions de vitres, projections, surimpressions…l’image est mise en question.  Bien sûr, Eva, Casablanca et Cinémonde, l’univers des faux-semblants, des masques et du double. L’acteur a-t-il une identité ? Le visage nous dit-il la vérité ? Innocence ou culpabilité ? Le texte est là pour nous guider vers l’absence de certitude. Les mots viennent se coller à l’image dans une sorte de montage aléatoire. Inquiétante étrangeté. Familiarité des dialogues, incompréhension du récit. La construction de l’image se fait sur un travail assumé du faux-raccord. Godard, Duras et la Nouvelle Vague, c’est A bout de souffle et c’est Pierrot le fou. La coupe se voit partout, se révèle : fragments qui se télescopent, se rassemblent dans le cadre pour fusionner en une narration sans cesse défaite. Le montage comme processus dynamique, comme déplacement ou comme mise à distance et jeu réflexif. Impossible de se laisser prendre totalement au fil des histoires, puisque ce fil est sans cesse interrompu.

      La parole hors contexte est un regard caméra, ou une voix off, qui nous capte cependant, totalement, pour nous conduire dans les profondeurs du noir.  

Nadia Freland

EVA   (2014)

 

Mon travail émane d' un jeu graphique et verbal à partir du roman « Eva » de James Hadley Chase (1947) et du film « Eva » de Joseph Losey (1962).

Les dessins s'inspirent d'images cinématographiques, tandis que le texte est librement puisé dans le roman. Plutôt que de respecter un scénario construit, ce récit lie le texte et l'image de manière majoritairement aléatoire.

La mise en page se réfère à la bande dessinée et au magazine. Le dessin est fait sans repentir, avec automatisme. Le résultat doit témoigner d'une spontanéité de réalisation. L'ordre de présentation respecte la chronologie du travail et une cohérence plastique, mais pas la narration du roman ou du film. L'ensemble est devenu la nouvelle histoire d' Eva.

L'univers dada s'invite à celui du polar.

L’ESTHETE DU NOIR ET BLANC (2014) texte de Michèle Cramont

 

Véritable capteur d’essentiel, Eric Penard nous embarque en un instant,

à la manière d’un cinéaste, dans son monde fantasque et malicieux.

Dans ses « bristols » le noir et blanc radical prend les couleurs de l’émotion.

Gros plan sur un peintre passé maître dans l’art d’animer l’immobile.

 

Un havre de paix logé dans d’anciennes maisons ouvrières sablaises réunies en un espace de vie moderne baigné de lumière et un sourire accueillant insufflent

une énergie conviviale à la rencontre. Eric Penard explique comment ce lieu a influencé son travail : « Mon envie de travailler était plus grande que mon espace de travail. Alors il y avait deux solutions : soit je cherchais un espace plus grand, soit j’adaptais mon travail à mon espace de vie. »

 

« Il y a une liberté totale dans les petites choses »

C’est ainsi qu’il a repris le dessin, sur des petits formats, synthétisant le sujet jusqu’au minimum du minimum parfois : encre de chine et papier bristol 10x15. Cette contrainte dont il a accepté les travers amorce l’élan créateur de l’artiste : « Quand on s’habitue au minimum, on gagne en liberté : il y a une liberté totale dans les petites choses ! »

Ainsi commence toute une fabrique d’images où le dessin domine, une exploration d’histoires simples à la poésie parfois enfantine toujours sublimées par la précision du trait. Une image amène l’autre, ce sont autant de voyages. Et si toutefois le trait semble trouble, c’est sans doute que ce noir et blanc où personnages et lieux semblent animés, se teinte d’une palette d’émotions.

Quoi de plus normal alors qu’Eric Penard pousse le jeu jusqu’à animer ses encres sur de courtes vidéos le temps d’un « Petit bal perdu » : dans son exposition « Dancing » où il explore le pas à pas fragile, les chorégraphies intimes et parfois maladroites de danseurs seuls ou en couples. Des suites de mouvements répétitifs, de dessins rapides et minimalistes provoquent pourtant le trouble en réveillant le souvenir de ces petits bonheurs éphémères.

De « Adieu Rick » (2013) , « Agents doubles » (2012), « Salons Mobiles » (2011) à « Dancing » (2009) : toujours ce paradoxe entre le style concis des dessins d’Eric Penard et cet art de raconter toute une histoire qui semble réconcilier les opposés, symboliser une complétude.

 

Comme un arrêt sur image

Figures minimalistes dessinées à l’encre de chine sur papiers 70X100,

les « Hostess » semblent s’être échappées d’une scène de film.

Dans sa série «  Suspect story » les personnages féminins aux traits hitchcockiens comme suspendus dans le temps évoquent un scénario dans lequel on est immédiatement plongé, captivé par l’expression singulière de ces visages en gros plan.

Des mots empruntés au hasard de romans noirs, accompagnent ces images et soutiennent dans un premier temps le suspense rémanent imprimé par la précision du dessin noir et blanc. Dans un second temps, la lecture des textes décalés, combinaison subtile entre humour et tension, donne une dimension dérisoire à la scène et provoque paradoxalement une irrépressible envie de sourire.

AGENTS DOUBLES     (2012)

 

Ce travail était une intervention plastique pour le « Festival Simenon » de 2012, aux sables d'Olonne.

 

C'est une allégorie humoristique d' écrivains populaires du thriller et du roman noir. Par le texte ou l'image,chaque portrait est le résultat d'un assemblage de deux représentations d'écrivains. Les superpositions et collages proposent ainsi une série de «killers» imaginaires.

Chaque fiche oscille entre l'univers de l'imagerie médicale et celui de l'identification policière.

 

ADIEU RICK (Casablanca)     (2013)

 

Le travail réalisé s'inspire du film «Casablanca»(1943) de Michael Curtis. Une série de dessins, tracés librement à partir de captures d'écran, est la base de l'installation présentée. L'intervention respecte peu les exigences de la narration ou de la chronologie au profit du jeu plastique. L'étude cinématographique laisse alors la place aux flottements d'un rêve surréaliste.

 

 

 SALONS MOBILES  (2010/2011)

 

La voiture de collection n'est plus un moyen de locomotion mais un objet sublimé. L'habitacle est un salon mobile. Le maître des lieux trône au volant comme un enfant dans un cockpit de manège. Chiffres, lettres et pictogrammes animent le panorama du tableau de bord. La sensualité des cuirs, bois et tissus côtoient la foideur du métal laqué ou du chrome.

Lieux de séduction, ces salons privés ne font pas oublier la monstruosité ou l'élégance de la mécanique.

 

Chaque planche graphique s'inspire de l'univers d'un habitacle. La composition est l'addition de petits dessins d'observation. Ils sont un témoignage du point de vue du conducteur. Qu'importe le panoramique derrière le pare-brise, seul compte le paysage qu'est le tableau de bord. Il apparait de manière fragmentée sans tenir compte d'un principe perspectif. Morcellement des images et géométries irrégulières des cadrages participent à une impressions de mouvement, parfois même de destruction.

 

DANCING     (depuis 2009)

 

De courtes vidéos graphiques mettent en scène des personnages, seuls ou en couples, qui dansent sur des musiques de variété.

Ils se déplacent plus ou moins maladroitement sur une piste de danse limitée au cadre d'un écran. Liliputien dans un téléviseur ou géant en projection, chacun s'adapte au mode de représentation qui lui est offert. De qualité improbable, les chorégraphies simples et répétitives servent avant tout la suggestion de petits bonheurs éphémères.

 

Devant l'écran, nous sommes plutôt les témoins de moments intimes que les spectateurs d'un grand show public.

 

Chaque animation résulte de petits dessins faits rapidement sur des bristols ( dessins pressés). Des encres sur papier complètent la représentation. Elles se référent à la mise en page de bandes dessinées ou aux planches du XIX° siècle de Muybridge et Marey.

 

SAYNETES     (2007 - 2009)

 

....Ce sont des compositions étonnantes de simplification avec des ombres à déchiffrer robots, squelettes en caoutchouc, poupées Barbie, clés à molettes, araignées... des accumulations et des hybridations. Dans le foutoir des babioles et des figures à deux balles, Eros rencontre Thanatos. Ajoutons que la composition des images, la vigueur du noir et blanc, rappellent les sagas d'amour et de mort du théatre balinais, les jeux d'ombre.

 

Les 16 saynètes de Pénard qui composent un ensemble cohérent doivent gagner le musée pour plusieurs raisons. Elles sont complémentaires de séries telles que les Best Friends de Henri Bassmadjian, les papyrogravures de Anton Prinner, et les Blisters de Richard Fauguet, des photogrammes d'emballages de jouets. Par ailleurs, Pénard est un artiste qui, aux Sables d'Olonne, fournit un travail intelligent et remarquable depuis des années. Peut-être pas assez regardé, car l'illustrateur et le dessinateur sont souvent vus comme des artistes en mode mineur.

                            

                             (Extrait texte de Benoît Decron. Consrvateur en chef du Patrimoine).

 

BOÎTES A JOUETS        (2007)

 

« ...Ces dessins « pressés », pour avoir été croqués dans l’urgence, composent ainsi une vaste et précieuse base de données, soigneusement classée, dans laquelle il puise pour se livrer alors au vrai processus de création artistique. Reproduits sur un calque, puis projetés sur le mur de son atelier à l’aide d’un rétroprojecteur, ces dessins, par un jeu de superposition et de répétition, s’entremêlent et s’assemblent pour donner naissance à des personnages et des formes oscillant entre beauté et monstruosité, entre ectoplasmes et caricatures. Rappelant, pour certains, les grotesques de la Renaissance (petits monstres ornementaux des monuments antiques italiens) dont raffole Eric. « A partir d’un simple dessin, je peux travailler des semaines », explique-t-il.

 

Autres membres de la mythologie personnelle de l’artiste, les babies, cyclistes en plastique, squelettes d’Halloween et autres poupons miniatures en celluloïd plus ou moins inoffensifs. Selon le même procédé de projection, répétition et superposition, ces croisements de putti et diablotins, forment une foule hétéroclite indisciplinée qui envahit la toile dans un désordre qui bouscule les principes de l’ornement. »

(Extrait texte: Séverine Le Bourhis)